Où se situait une gargote fort mal famée.
Là-bas, dans l'infamie de cet endroit immonde,
Pour gagner sa subsistance, elle allait jouer.
Laissant entrevoir les formes de son corps d'ivoire,
Les vêtements qui l'habillaient étaient déchirés.
A moitiés saouls, désirant noyer leur mémoire,
Pochards et sicaires venaient chaque fois l'écouter.
Posé délicatement au creux de son cou,
L'instrument se fait bercer tandis qu'il gémit.
Ancien violon sculpté en fin bois d'acajou,
Seul objet et unique compagnon de la fille.
Ses cordes étaient très vieilles et beaucoup fatiguées,
Mais elle y glissait l'archet avec une telle grâce
Et doigtait la touche d'une telle virtuosité
Que sa musique était aussi douce que fugace.
A chaque nouvelle mélodie qu'elle entonne au soir,
C'est son âme damnée qui explose avec passion.
Jappant, comme les cris d'une louve prise au désespoir,
Ainsi est la musique de la femme au violon.
